Bretagne : attaqué en justice, ce boulanger atypique lutte pour garder le nom de son commerce

C'est un peu David contre Goliath. Boulanger dans une petite commune rurale du Morbihan, Daniel Testard mène un combat particulier. Explications.

Daniel Testard se bat pour conserver le nom de sa boulangerie de Quily (Morbihan). ©Le Ploërmelais

Il est ce que l’on peut appeler un boulanger atypique. Deux fois par semaine uniquement, le mardi et le vendredi, Daniel Testard ouvre les portes de sa boulangerie dans la petite commune rurale de Quily (Morbihan). Un village de 350 âmes où il vend son pain bio réalisé avec des blés anciens.Aujourd’hui attaqué en justice, il se bat comme il peut pour conserver le nom de son fournil, le Gallopain.

Mise à jour

Pour éviter un bad buzz, les frères Lachuer, propriétaires de deux établissements situés dans les Côtes-d’Armor, ont décidé de stopper la démarche entreprise contre Daniel Testard. Notre article à ce sujet : https://vaisaagro.com/pirunene/bretagne/val-d-oust_56197/morbihan-le-boulanger-atypique-va-pouvoir-conserver-le-nom-de-sa-boulangerie_51288101.html

Celui qui reçoit ses clients pieds nus et avec son bob blanc vissé sur la tête met les mains dans la farine depuis son plus jeune âge. « Je suis boulanger depuis l’âge de trois ans », avance fièrement Daniel Testard.

Depuis 1982, c’est dans sa boulangerie artisanale qu’il reçoit ses clients. Des habitués, au nombre de 150, qui passent commande sur un cahier et viennent chercher leur pain le mardi ou le vendredi après-midi. « Ils payent eux-mêmes en déposant l’argent dans une boîte », précise-t-il.

La boulangerie Gallopain en chiffres

– 40 comme le nombre d’années d’activité de la boulangerie
– 150 comme le nombre de familles qui achètent du pain
– 300 comme le nombre de pains réalisés par jour
– 500 comme le nombre de tonnes de pains réalisés en 40 ans

Une mise en demeure qui fait mal

Si faire du pain est sa passion, Daniel Testard ne veut pas passer sa vie dans son fournil. Mais celui qui est également musicien et astrologue humaniste se serait bien passé du courrier reçu le 14 mars 2022. Alors qu’il triait ses lettres, le boulanger a découvert une mise en demeure émise par l’avocate mandatée par la SARL Le Pétrin de Coatmen, entreprise familiale basée à Ploumagoar (Côtes-d’Armor). « Pendant quelques minutes, je suis resté assis sans rien dire. J’ai eu du mal à y croire », se souvient-il.

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Depuis fin 2015, la SARL Le Pétrin de Coatmen utilise l’enseigne les Gallo’Pains pour deux boulangeries situées à Ploumagoar et à Saint-Brieuc. « La SARL Le Pétrin de Coatmen exploite la marque « Les Gallo’Pains » déposée auprès de l’INPI le 19 septembre 2015″, explique maître Florence Richefou, l’avocate des frères Mickaël et Arnaud Lachuer.

Sa demande est que je cesse immédiatement et définitivement toute utilisation de l’appellation « Gallopain ». A quelques caractères près, leur boulangerie porte sensiblement le même nom – Gallo’pains – et ils l’ont déposé à l’INPI pour en faire une marque.

Daniel Testard

La nouvelle digérée, Daniel Testard s’est retroussé les manches avec un objectif : celui de mener à bien ce combat qui l’oppose aux boulangers installés dans le département voisin. « Ils voudraient que je disparaisse en tant que Gallopain et ainsi avoir le monopole du nom », rapporte-t-il.

Ne comptant pas se laisser faire, il a échangé « pendant vingt minutes » avec un avocat. Une réponse a ainsi été envoyée à l’avocate de la SARL Le Pétrin de Coatmen. « Un rappel de la loi a été effectué », indique celui qui ne compte pas se « mettre à genoux devant un marchand de pain. »

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L’antériorité comme argument

Dans sa lettre, maître Pierre Poey-Lafrance indique que « l’usage du signe Gallopain par monsieur Testard est très largement antérieur à l’enregistrement de la marque par la SARL Le Pétrin de Coatmen. » L’avocat pointe du doigt le fait que « les deux signes en cause ne sont pas identiques » et qu’un risque de confusion dans l’esprit du public paraît peu probable.

Bien connu des habitants de Quily, Daniel Testard fabrique pas moins de 600 pains par semaine. ©Le Ploërmelais

Devant l’absurdité de l’affaire, Daniel Testard compte bien défendre son morceau de pain. L’homme veut coûte que coûte conserver le nom Gallopain – comprenez le pain du Pays Gallo – qu’il utilise depuis 40 ans et qu’il n’a jamais déposé.

Je ne veux pas être propriétaire du nom. Mais, je ne veux pas non plus en changer et me faire étouffer.

En attendant un retour de la partie adverse, le boulanger morbihannais continue d’informer la population de ce qu’il définit comme étant une injustice. « J’ai imprimé environ 300 documents pour informer un maximum de personnes. » Bien décidé à ne rien lâcher Daniel Testard est prêt à se battre jusqu’au bout. Quitte à être sorti de son fournil « menotté et encadré par deux gendarmes. Mais, encore une fois, je vais m’en sortir. »

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Et s’il est bien décidé à mener le combat aussi longtemps qu’il le faudra, il peut compter sur le soutien de ses clients, de la population ou des élus. « Je ne lâcherais jamais le nom Gallopain », annonce-t-il. 

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